ROBERT HAMPTON GRAY — Le dernier canadien récipiendaire de la Croix de Victoria

Photo: Katherine Norenius

Tout au long de l’année 2010, les Ailes d’époque du Canada se joindront aux officiers, hommes et femmes de la Marine canadienne pour en célébrer le 100e anniversaire. Bien qu’il ne soit pas possible d’amener un navire dans toutes les grandes collectivités d’un océan à l’autre, les Ailes d’époque enverront des émissaires sous la forme de deux de nos avions de guerre navals d’époque – le Fairey Swordfish et le Robert Hampton Gray Corsair.

Même si la Marine royale canadienne (MRC) n’a jamais utilisé le chasseur-bombardier Corsair, , de nombreux aviateurs de la MRC ont piloté cet avion avec distinction avec la Fleet Air Arm de la Royal Navy.

L’un de ces pilotes de Corsair était le sous-lieutenant Don Sheppard, Croix de service distingué (DSC) de Toronto, pilote de l’escadron 1836 à bord du porte-avion HMS Victorious. Cet aviateur remarquable est reconnu comme le seul « as » de Corsair dans la Royal Navy - avec cinq victoires à son actif dans le Pacifique. Don Sheppard est un pilote de chasse très respecté avec une carrière inégalée, qui est considéré partout comme l’un des meilleurs pilotes de Corsair. Aujourd’hui, Sheppard vit à Aurora, en Ontario.

Mais l’aviateur naval canadien peut-être le plus connu de la Seconde Guerre mondiale est le lieutenant Robert Hampton « Hammy » Gray, Croix de Victoria (VC), Croix de service distingué (DSC). Reconnu comme un pilote combatif, il était très apprécié ses compagnons du 1841e escadron à bord du HMS Formidable. C’est toutefois sa mort qui le rend si bien connu des Canadiens. Gray mourut durant les derniers jours de la guerre, lorsque le Corsair qu’il pilotait fut abattu pendant une attaque sur un navire de guerre japonais dans les eaux territoriales japonaises. Les faits sont bien connus, et pourtant toujours la cible de spéculation et d’intérêt plus de soixante ans après sa mort.

Laissons Don MacNeil nous raconter la vie de Gray et ses derniers moments.

Aujourd’hui, quatorze statues et bustes se dressent sur le pont des Sapeurs, près de la Colline du Parlement d’Ottawa. Le Monument aux Valeureux (Valiant memorial) est une collection de neuf bustes, cinq statues et une grande inscription murale en bronze qui se lit comme suit: « Rien ne vous effacera jamais de la mémoire du temps » (en latin: « Nulla meurt umquam memori vos eximet aevo »), de L’Énéide de Virgile.

Le Monument des Valeureux nous rappelle comment la guerre exercé une profonde influence sur l’évolution du Canada. Les quatorze personnes présentées dans le monument sont célébrées pour leurs contributions personnelles, mais elles représentent également des moments critiques de notre histoire militaire. Présentées ensemble, elles deviennent une sorte de reconstitution historique de notre passé, montrant comment certains tournants clés de notre histoire militaire ont contribué à l’édification de notre pays. Le monument vise donc à reconnaître et à honorer le rôle que la participation militaire, ainsi que les hommes et les femmes qui y ont contribué, ont joué dans l’édification de la nation. L’une de ces statues est celle du dernier récipiendaire canadien de la Croix de Victoria du Commonwealth, le lieutenant Robert Hampton Gray.

Qui était le lieutenant Robert Hampton Gray? Pourquoi a-t-il reçu la Croix de Victoria à titre posthume? Beaucoup n’ont jamais entendu parler de la Croix de Victoria et ne comprennent pas son importance. Ce court essai tente de répondre à ces questions et à bien d’autres sur la vie et la mort de Gray.

Né à Trail B.C., de John Balfor Gray, un vétéran de la guerre des Boers et de son épouse Wilhelmina Gray de Listowel, en Ontario, Robert Hampton (« Hammy »à pour ses amis et à sa famille), était le fils aîné d’une famille de trois enfants. Il avait un frère, Jack, et une sœur, Phyllis. John Gray, un bijoutier, a ensuite déménagé sa famille à Nelson B.C. où il est devenu bien connu dans la ville et a été élu au conseil municipal.

En regardant de l’escalier qui descend sous le pont des Sapeurs d’Ottawa jusqu’au canal Rideau, nous pouvons voir le panthéon des grands héros canadiens connus sous le nom de Valeureux. Robert Gray est le buste en bronze à gauche près de la bannière. À côté de lui se trouve le buste d’un autre aviateur canadien qui a reçu la Croix de Victoria - Andrew Mynarski de l’ARC. Au-delà se trouve le célèbre ancien hôtel de chemin de fer - le Château Laurier. Cet hôtel a joué un rôle important dans le film Captains of the Clouds au sujet du Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (BCATP) - en vertu duquel Gray a reçu son entraînement comme pilote et ses « ailes » d’aviateur naval. Photo: Vincent Alongi

Gros plan du buste en bronze du lieutenant Robert Hampton Gray, Réserve de volontaires de la Marine royale du Canada (RVMRC) Photo : Monument des Valeureux

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Robert Hampton Gray, 28 ans au moment de sa mort. Il était un meneur respecté et courageux au combat.

Gray, un bon élève à l’école secondaire, aimait la politique et la littérature. Il était détendu, décontracté dans son habillement et s’affaissait plutôt que de s’asseoir. Doux de visage, il aimait l’ironie et aimait imiter n’importe qui, il était irrévérencieux et aimait simuler le dégoût ou l’indignation dans ses expressions.

À l’automne de 1936, il fut accepté à l’Université de l’Alberta et a transféré plus tard à l’Université de la Colombie-Britannique pour des études en médecine. À l’U.B.C., il a été responsable d’une maison de fraternité et a travaillé sur l’annuaire de l’université pour 1941. Brusquement, à la fin de l’année scolaire de 1940, il décida de s’enrôler dans la Réserve des volontaires de la Marine royale canadienne (RCNVR) et fut transféré à la Royal Navy en tant qu’élève-officier potentiel comme 150 autres volontaires de partout au Canada.  À la fin de la guerre, 28 d’entre eux avaient été décorés pour bravoure. Dix-huit de ces hommes ne sont jamais rentrés chez eux.

Hammy s’embarqua avec les 74 premières recrues pour l’Angleterre le 13 septembre 1940 pour s’entraîner au HMS Raleigh. En décembre, la Fleet Air Arm (FAA) a offert à Hammy un cheminement plus rapide vers la guerre avec une invitation à rejoindre la FAA pour être pilote d’abord au HMS St. Vincent, Gosport. Il y a découvert que le chemin menant à la commission d’officier était long, sujet à une formation difficile et à la discipline.

En mars 1941, sa formation élémentaire de pilotage a débuté sur le monoplan à cockpit ouvert connu sous le nom de Miles Magister, au n° 24 EFTS situé à Luton près de Londres. Volant pour la première fois le 21 mars, il a écrit sur son amour du vol et à quel point il était heureux de sa décision de rejoindre la Fleet Air Arm.

En juin 1941, Gray revient au Canada pour compléter son entraînement de vol militaire à la 31e École de pilotage militaire à Kingston, en Ontario, sur l’avion d’entraînement Harvard 2, construit au Canada. Il n’appréciait pas ce qu’il pensait être une trop grande insistance sur la routine et la discipline, mais a changé d’avis lorsqu’il a commencé à piloter des Fairey Battle d’entrainement. En septembre 1941, Hammy est nommé sous-lieutenant et obtient son brevet de pilote – il partira bientôt à la guerre, mais devra attendre trois longues années avant de combattre l’ennemi.

Gray a commencé son entraînement élémentaire sur un Mile Magister, avion de formation de base, à l’EFTS n° 24 de Luton. Photo : RAF

Hammy (à gauche sur la photo en médaillon) a retraversé l’Atlantique pour faire son entraînement de vol militaire au N° 31 SFTS à Kingston, Ontario, Canada. À ce jour, l’ancienne base du PEACB est le site de l’aéroport de Kingston, où un mémorial à Robert Hampton Gray (en bas au centre) se dresse devant l’entrée, sous un Harvard 2. Photo : Will S. sur Flickr

Sa première affectation fut en Afrique du Sud en mai 1942, au sein du nouvellement formé 789e Escadron. Le 789 exploitait des Albacores, des Sea Hurricanes, des Swordfishs et des Walruses en mission de soutien à partir de Wingfield, en Afrique du Sud. Le 789e Escadron y était positionné pour protéger contre les avancées de la flotte de la Marine impériale japonaise dans le Pacifique. Après le succès américain à la bataille de Midway, la menace pour l’Afrique du Sud s’est atténuée et Hammy a été ré-affecté à Kilindini, au Kenya, avec le 795e Escadron. En septembre 1942, Hammy a été assigné au 803e Escadron pilotant des Fulmars de Tanga, puis affecté au 877e Escadron.

Le 7 décembre, l’escadron de Hammy est affecté sur le HMS Illustrious, navire jumeau du HMS Formidable. Ce dernier deviendra plus tard la dernière assignation de Hammy. Il est promu lieutenant le 31 décembre 1942 et affecté au 877e Escadron pilotant des Sea Hurricanes en tant que commandant en second.

Le 6 août 1943, Hammy est de retour en Angleterre et devient le pilote principal du 1841e escadron. Après quatre longues années d’entraînement et de vols opérationnels, il allait enfin voir l’action alors que l’escadron 1841 a été affecté au HMS Formidable. Ce dernier était sur le point d’entreprendre de nouvelles attaques sur le cuirassé nazi Tirpitz dans le cadre de l’opération Goodwood.

La première attaque du Tirpitz, prévue pour le 21 août, a été annulée en raison du mauvais temps et a avortée à nouveau le 22 en raison de la couverture nuageuse au-dessus de la cible. Le 24, 18 avions d’attaque au sol Corsair ainsi que 16 avions Barracuda chargés de bombes ont été lancés avec six autres Corsairs chargés de bombes perforantes. Les artilleurs antiaériens allemands à terre, et sur le Tirpitz et sur d’autres navires d’escorte étaient prêts et en attente.

Hammy, dans son premier combat, a mené son groupe de Corsairs directement à bout portant pour supprimer le feu antiaérien et l’éloigner des Barracudas plus lents. Cette attaque n’a pas réussi à couler le Tirpitz et a entraîné de lourdes pertes d’avions britanniques.

Le HMS Formidable a lancé une autre attaque le 29 avec Hammy menant à nouveau une attaque rapprochée audacieuse. Son avion a reçu un coup direct de 40 mm dans le gouvernail. Il est retourné au navire et a tourné pendant 45 minutes dans une démonstration courageuse de discipline aéronautique en attendant son tour pour atterrir plutôt que de perturber l’ordre d’atterrissage. Avec le film de sa caméra de tir montrant des gros plans extrêmes des canons antiaériens, on l’a entendu dire qu’« unCanadien stupide avait besoin de se faire remettre à sa place ». Il a reçu une Citation dans l’ordre du jour (Mention in dispatches) (MiD) « pour son courage inébranlable, son habileté et sa détermination dans la réalisation d’attaques audacieuses sur le Tirpitz».

HMS Formidable dans son schéma de peinture camouflage de l’Atlantique Nord. Photo: RN

Des Corsairs sur le pont du HMS Formidable en prévision de missions dans l’Atlantique Nord. On note le camouflage « Temparate Sea » sur les avions. Photo: RN.

La seule photographie que nous ayons vue montrant Robert Gray volant - ou plutôt décollant du porte-avions d’escorte, le HMS Rajah, en 1944. Avec le Corsair peint en camouflage et ayant une cocarde complète sur le côté, cela correspond au schéma de couleurs de l’Atlantique Nord. Source : Major A.E. Marsh RM (retraité). Fleet Air Arm Négatif : CRSR/43.

Au printemps 1945, les opérations européennes de la guerre prirent fin après l’invasion de l’Europe et le succès des alliés à libérer une grande partie de l’Europe. Le Formidable fut réaffecté à des opérations dans le Pacifique pour prendre part aux derniers efforts pour vaincre les forces japonaises. À cette époque, les escadrons 1841 et 1842 ont été rééquipés avec 20 nouveaux F4U-1D Corsairs tandis que d’autres escadrons à bord utilisaient maintenant 12 bombardiers-torpilleurs Grumman Avenger et 6 avions de chasse Hellcat.

À la fin de juin 1945, le Formidable et quatre autres porte-avions britanniques quittent Sydney pour rejoindre la troisième flotte de l’USN sous les ordres de l’amiral américain « Bull » Halsey. Alors que la flotte alliée se dirigeait vers les îles du Japon, elle a lutté contre les avions kamikazes tout en lançant des frappes sur les aérodromes japonais, les navires de guerre et d’autres cibles militaires stratégiques. L’aérodrome militaire de Matsushima était une cible clé assignée aux avions du HMS Formidable.

Cette photo de Corsairs sur le pont du HMS Illustrious montre le schéma de peinture du théâtre du Pacifique - de la peinture bleue et des cocardes centrées blanches avec les barres de style américain. Photo RN

La seule photo qui ait été retrouvée montrant le Corsair numéro 115 original de l’escadron 1841 de la Royal Navy. Il est généralement admis que le no 115 n’était pas l’avion habituel de « Hammy » Gray, car le sien était inutilisable au moment où il a décollé du Formidable, ce jour fatidique. Ici, nous voyons le 115 enchaînés et attachés contre les intempéries en route vers une mission inconnue. Le capot moteur et la verrière étaient recouverts de toile pour les protéger des effets de l’eau salée. En médaillon - l’écusson de l’escadron 1841 montre un aigle s’attaquant à un dragon au-dessus des vagues - une représentation héraldique de l’action finale de Robert Hampton Gray quand il a poursuivi son attaque contre le navire d’escorte japonais Amakusa, le coulant dans la baie d’Onagawa. Certains croient que 115 n’était pas l’avion qu’il a piloté ce jour-là et d’autres insistent sur le fait que les marques étaient légèrement différentes (le chiffre « 1 » avant la cocarde et « 15 » après). D’autres insistent sur le fait que le numéro de série n’était pas KD658. D’autres encore insistent sur le fait que son avion personnel était le 119. C’est également possible, mais jusqu’au jour où une preuve irréfutable sera offerte quant aux différentes marques, notre Corsair volera avec ces marques - il sera facile de faire un changement. Indépendamment des documents perdus depuis longtemps qui peuvent ou non soutenir ces revendications, notre Corsair sera toujours un hommage à Gray.

Les conséquences immédiates sur le pont du Formidable, alors que Hammy et ses coéquipiers combattent les incendies et le chaos à la suite d’une attaque Kamikaze. Photo RN

Une photographie dramatique du pont avant du HMS Formidable montre son équipage aux prises avec le chaos à la suite de l’attaque kamikaze. En avant de « l’îlot», se trouve un Corsair qui pourrait être Corsair 115, à l’abri des incendies et de la destruction sur le pont arrière. S’il s’agit du no 115, ce ne serait toujours pas la cellule pilotée par Gray, car cet avion (KD658) a été livré par le porte-avion d’escorte HMS Arbiter le mois suivant. Peut-être que celui-ci a été perdu ou endommagé après la date de l’attaque Kamikaze et avant la livraison de KD658, ou a reçu un nouveau numéro plus tard. Photo RN

Cette photo montre les conséquences d’une attaque Kamikaze sur le HMS Formidable deux mois avant le dernier vol de Gray. Il montre également à notre équipe l’emplacement du code de pont du navire (la lettre « X » a été portée par tous les avions à bord du Formidable). De plus, il ne semble pas y avoir de position fixe pour les titres de la Royal Navy à l’arrière de la cocarde. Dans d’autres photos de la RN dans le Pacifique, ces titres sont dans des positions différentes. Le code de pont du navire a également été peint sur le pont des porte-avions de la RN pour empêcher les avions d’atterrir sur le mauvais porte-avions lors de leur retour.

Pour la première fois (à notre connaissance) nous avons des images en vol du Corsair similaire au nôtre - numéro 115. Les images (en fait des captures d’écran à partir d’un DVD) provenant du « B-roll » d’une équipe de tournage prise dans le Pacifique au moment où Robert Hampton Gray était à bord, montrent Corsair 115 décollant du pont du HMS Formidable. Selon la date de cette photo, ce Corsair 115 particulier pourrait ou non être le numéro de série KD658. La fumée au bout du pont est très probablement un indicateur de vent. Images via Mark Peapell

Une photo d’action du Corsair 120 qui vient de soulever sa roue arrière du pont, alors que son pilote pousse les gaz à fond pour décoller. Il y avait deux escadrons équipés de Corsair opérant du Formidable à l’époque – le 1841 et 1842. Les moyeux d’hélice des Corsairs du 1841e escadron étaient peints d’une couleur foncée (bleu ou peut-être rouge) tandis que les Corsairs de 1842 avaient des moyeux blancs. Cela ferait de 120 un Corsair avec le 1841. Images via Mark Peapell

Une photo dénotant l’entretien des avions sur le pont du HMS Formidable à l’été 1945. L’avion en arrière-plan est un Hellcat (119). Les Corsairs opérant à partir de porte-avions de la Royal Navy avaient le bout des ailes plus courte pour permettre l’entreposage dans le hangar sur les plus petits porte-avions britanniques. L’aile du Corsair au centre montre clairement cette caractéristique. Images via Mark Peapell

Cette photographie prise à partir de l’ascenseur du HMS Formidable montre un Corsair de l’escadron 1842 (146) recevant beaucoup d’attention de la part des responsables de la maintenance. Sur les ailes se trouvent les cales d’avion qui étaient utilisées pour empêcher tout mouvement sur le pont.  Images via Mark Peapell

Six des Corsairs du Formidable et un Avenger sont attachés sur le pont avant. Le Corsair au centre est en marche, surveillé de près par des membres d’équipage, cales à la main. L’aile du Corsair de droite est repliée à la main par l’équipage de pont. Comme les barres de sécurité ne sont pas installées sur les ailes, nous ne pouvons que deviner qu’il a subi une possible défaillance hydraulique qui a entraîné l’abaissement involontaire de l’aile.

Les Corsairs (principalement de l’escadron 1842 avec des moyeux d’hélice blancs) et les Avengers à bord du HMS Formidable réchauffent leurs moteurs avant de décoller pour une mission. Photo: RAFImages via Mark Peapell

Les Corsairs (principalement de l’escadron 1842 avec des moyeux d’hélice blancs) et les Avengers à bord du HMS Formidable réchauffent leurs moteurs avant de décoller pour une mission. Photo: RAFImages via Mark Peapell

Dans la nuit du 8 août, l’amiral Vian, chef des forces britanniques, a informé les commandants d’escadron de ne pas prendre de risques inutiles dans leurs attaques contre des cibles japonaises, car la bombe atomique avait été larguée sur Hiroshima, et la capitulation japonaise était attendue à tout moment. De plus, les officiers supérieurs savaient, mais ne pouvaient pas révéler, qu’une autre bombe A devait être larguée sur Nagasaki le jour suivant. On Il a été demandé aux pilotes de limiter le mitraillage ou le bombardement à un passage pour limiter les risques.

 

À 0835 le 9 août, Hammy Gray est monté dans son avion et se préparait à diriger son groupe de sept Corsairs pour l’attaque de l’aérodrome de Matsushima. À la dernière minute, le premier maître Dick Sweet a été envoyé à l’avion de Hammy avec le message urgent que l’aérodrome militaire de Matsushima avait été lourdement bombardé plus tôt, qu’il était considéré comme hors service et que, si c’était le cas, il devrait chercher d’autres cibles d’opportunité. Hammy a mené son groupe vers l’aérodrome de Matsushima, a confirmé les dommages et la nécessité d’attaquer d’autres cibles telles que les navires japonais qu’il avait vus ancrés dans la baie d’Onagawa 

En provenance du continent, à environ 10 000 pieds, Hammy a dirigé ses deux groupes en direction de la baie d’Onagawa pour éviter les tirs antiaériens. Il a fait plonger son avion au niveau de la mer pour une courte série de bombardement sur sa cible choisie. Tous les navires japonais dans la baie étaient lourdement armés et préparés pour une attaque aérienne. Des postes antiaériens supplémentaires parsemaient les collines environnantes, créant une zone de mise à mort pour attaquer les avions alliés.

Hammy s’est dirigé vers le plus grand navire du port, le navire d’escorte Amakusa qui avait à peu près la taille d’un petit destroyer. Alors qu’il se stabilisait pour larguer ses bombes, l’une de ses deux bombes de cinq cents livres a été arrachée par le une pluie de tir de canons et de mitrailleuses de l’Amakusa, du dragueur de mines 33, du navire cible Ohama (un navire cible étant un navire d’entraînement à l’artillerie) et du chasseur de sous-marin 42. Hammy a lâché son autre bombe, et marqué un coup direct sur l’Amakusa. Cette bombe a pénétré dans la salle des machines, tuant instantanément 40 marins (y compris tous ceux dans la salle des machines) et déclenchant l’explosion dans la suite de munitions arrière. Cette explosion massive a entraîné le naufrage de l’Amakusa en quelques minutes. Les membres du groupe de Hammy ont ensuite raconté avoir vu son avion enveloppé de fumée et de flammes. Ils ont rapporté que son avion, à une altitude de seulement cinquante pieds, a roulé et frappé la mer dans une explosion de débris et d’eau. L’avion n’a jamais été revu.

Le bateau escorte Amakusa de la flotte impériale japonaise. C’était un navire de la classe Etorofu (Vu ici dans ce tableau de Takeshi Yuki scanné à partir de « Peintures en couleur de navires de guerre japonais »

Le Ohama de la flotte impériale japonaise, une plate-forme de canon antiaérien, a également effectué un barrage de tirs antiaériens sur Gray et ses hommes. Image via SnowCloudInSummer

Ce qui suit est une description de l’attaque telle que racontée par le plus jeune membre survivant de l’équipe de Hammy dans une lettre récente à l’auteur.

« L’ébauche de ma lettre, écrite le jour de Noël 1945 et qui n’a malheureusement pas été montrée à mes parents, disait que j’avais vu de la fumée provenant de l’aile tribord d’un Corsair. Cela correspond au rapport « flick to the right ». Je me souvenais aussi très bien d’avoir vu un Corsair à environ 300 mètres devant moi lorsqu’une explosion a arraché son aile tribord à la charnière. Je peux la voir maintenant, l’aile séparée de l’avion. Naturellement, je suis conscient de faux souvenirs.

Storeheill [l’ailier de Hammy] aurait dû être devant moi. Peut-être a-t-il effectué un virage soudain à tribord. Blade, (numéro sept dans la formation, j’étais numéro six), a rapporté qu’il a plongé un peu plus vite que les autres et en passant au-dessus du destroyer frappé a vu deux avions devant, l’un avec des flammes de l’aile bâbord (Hammy inversé?), qui s’est écrasé. Blade aurait dû être derrière moi. Il m’a peut-être vu derrière Hammy, manquant le virage rapide de Storheill.. J’étais trop inexpérimenté pour un virage soudain de manœuvre d’évitement. Si Blade avait été devant moi, je les aurais vus, lui et Hammy.

Le Amakusa de la flotte impériale japonaise attaqué par Robert Hampton Gray. Don Connolly, l’artiste canadien de l’aviation très apprécié, dépeint les derniers moments de l’attaque de Gray. Image : Don Connolly

Après que quelqu’un ait communiqué par radio en disant « On a perdu Hammy », son commandant en second, le sous-lieutenant MacKinnon, a pris la relève en tant que chef de groupe et a lancé deux autres attaques, jusqu’à ce que les deux groupes épuisent leurs bombes et leurs munitions sur d’autres cibles dans la baie. Cent cinquante-huit militaires japonais ont été tués (71 sur l’Amakusa seulement). La plupart des navires de guerre dans la baie ont été coulés (y compris l’Ohama), détruits ou gravement endommagés. Les récits japonais de la bataille parlent de la vaillance dont ont fait preuve les pilotes du Commonwealth alors qu’ils poussaient leur attaque.

À la suite de cette bataille, les officiers supérieurs sous l’amiral britannique Vian se sont rencontrés pour discuter d’un honneur approprié pour reconnaître la bravoure du lieutenant Gray. Étant donné qu’il avait déjà été sujet à une Citation à l’ordre du jour et qu’il avait été recommandé pour la Croix du service distingué, il semblait qu’il ne restait plus qu’une seule distinction appropriée pour honorer ce leader exceptionnel, pilote et brave Canadien – la Croix de Victoria, la plus haute distinction pour bravoure du Commonwealth.

La Croix de Victoria a été créée par la reine Victoria pendant la guerre de Crimée pour honorer les militaires pour la bravoure la plus remarquable, un acte audacieux ou prééminent de vaillance ou d’abnégation, ou de dévouement extrême au devoir en présence de l’ennemi. De 1854 à 1954, il n’y a eu que 1345 Croix décernées, dont 96 ont été décernées à des Canadiens et seulement 16 pendant la Seconde Guerre mondiale. Celle de Hampton Gray était la seule décernée à un membre de la Marine royale canadienne ou à tout autre pilote de la marine canadienne, et la dernière à être décernée à un Canadien, car le gouvernement canadien venait tout juste de créer sa propre version de la Croix de Victoria - avec les mots « For Valour » changés pour leur équivalent latin pour éviter les problèmes bilingues français/anglais.

Dans la baie d’Onagawa, à côté d’un monument à la mémoire des militaires japonais tués le 9 août 1945 se trouve le seul monument militaire étranger sur le sol japonais - un mémorial au lieutenant Robert Hampton Gray du Canada qui a été placé par l’armée japonaise pour honorer ce qu’ils considéraient comme un acte extrême d’héroïsme. Lors d’une récente visite au Japon de membres du navire de guerre canadien NCSM Ottawa, une couronne a été placée à ce mémorial par le capitaine et l’équipage du navire en l’honneur du lieutenant Gray.

En 2006, des officiers du NCSM Ottawa de la Marine canadienne ont déposé une couronne au monument à la mémoire de Robert Hampton Gray sur les rives de la baie Onagawa au Japon. Le monument de Gray est le seul mémorial dédié à un membre d’une force armée alliée sur les îles principales japonaises. L’avion de Gray s’est écrasé dans les eaux en arrière-plan, le tuant dans les derniers jours de la guerre. Photo du MDN

Quelque part sous les eaux étincelantes et maintenant paisibles de la baie d’Onagawa, préfecture de Miyagi, au Japon, se trouvent la dépouille mortelle de Robert Hampton Gray et les débris de son Corsair.

Tout au long de l’année 2010, Les Ailes d’époque du Canada présentera son programme Gray Ghosts, y compris le Robert Hampton Gray Corsair à travers le Canada dans le cadre de la célébration du centième anniversaire de la Marine canadienne. Restez à l’écoute pour un calendrier complet des événements. Photo : Peter Handley

L’histoire de Robert Hampton Gray n’est qu’une petite partie de l’incroyable contribution des Canadiens à la Fleet Air Arm. Après avoir terminé cette histoire, nous avons reçu une lettre détaillée de l’un de nos lecteurs, Mark Peapell d’Halifax. Il souligne à juste titre que notre hommage à Gray est bien mérité, mais qu’il y a beaucoup d’autres histoires convaincantes. Voici quelques extraits de sa lettre:

« En raison de la nature héroïque et de l’attribution ultérieure de la Croix de Victoria, l’histoire a tendance à passer sous silence les autres participants de l’histoire. Le HMS Formidable était composé d’un complément de navires très diversifié comprenant des Canadiens, des Néo-Zélandais, des Norvégiens, des Néerlandais ainsi que des pilotes et des membres d’équipage britanniques. De mai jusqu’à la fin de la guerre, il y avait 6 pilotes canadiens affectés au Formidable, avec seulement 2 survivants de la guerre,

La nature dangereuse des missions non seulement contre de l’ennemi, mais les opérations de porte-avions expliquant ces pertes. En fait, la plupart des compatriotes de Gray eurent le même temps de service opérationnel que lui, y compris les raids de Tirpitz et le transfert à la flotte du Pacifique.

Les opérations des Corsairs canadiens sont une partie négligée de l’histoire de Gray. Le premier Canadien tué au combat au-dessus du Japon continental était un pilote canadien de Corsair, tout comme la dernière victime de guerre de la Marine canadienne (Anderson), alors qu’il tentait de faire atterrir son avion sur le Formidable après la perte de Gray. L’autre côté canadien de l’histoire du Formidable est l’affectation des avions Hellcat au Formidable en juillet 1945, pour les opérations finales contre le Japon. 

« L’autre fait canadien moins connu, c’est que le croiseur NCSM Uganda a été affecté au même groupe tactique que le Formidable, jusqu’à ce qu’ils décident qu’ils rentraient chez eux!

La flotte britannique du Pacifique est très connue sous le nom de « flotte oubliée », et par la suite, il y a eu très peu d’informations écrites sur le sujet. Il y a un livre intéressant écrit par les membres siégeant sur le Formidable appelé « Formidable Commission » qui a été publié en 1947.

J’ai aussi une vidéo de l’avion 115 de Gray décollant de Formidable ainsi que des plans de pont, y compris le Hellcat d’Atkinson. Pour distinguer les Corsairs des deux escadrons, 1841 et 1842, le dôme de l’hélice centrale a été peint de différentes couleurs. Ceux du 1841 étaient une couleur sombre soit rouge ou bleu, tandis que ceux du 1842 étaient blanc. Vous pouvez voir les différences dans les différentes photos ainsi que la vidéo que j’ai.

Un dernier point est que vous avez mal identifié l’une des photos de Corsairs alignés pour le décollage comme étant sur Formidable, c’est cependant le HMS Illustrious. Les deux indices sont les marques blanches du pont central. Tous les porte-avions britanniques avaient sur leur pont peint un identificateur distinctif ainsi que différents styles de lignes blanches sur le pont central. Dans le cas de Formidable, il s’agissait d’une ligne blanche solide, alors que sur l’Illustrious, c’était une série de tirets. Dans la plupart des cas, c’est le moyen le plus simple d’identifier le porte-avion, plutôt que de se fier à l’interprétation de quelqu’un d’autre.

L’autre indice est que Formidable n’a jamais eu de Corsairs avec camouflage et cocardes SEAC et bar. Ces avions camouflés seraient les Corsairs construits précédemment par Vought. Lorsque Le Formidable a été transféré dans le Pacifique, il a pris un nouvel effectif de Corsairs qui étaient à ce stade construits par Goodyear à Akron Ohio. Tous les avions construits par Akron ont été livrés dans le camouflage bleu mer (Gloss sea) .  (le Corsair des Ailes d’époque du Canada est un avion construit par Goodyear - ed.]

Pour autant que je puisse déterminer, tous les Corsairs britanniques expédiés dans le Pacifique, avaient les cocardes standard avec le centre rouge. Une fois que l’avion était en poste, amené soit par son propre porte-avion, soit par un porte-avions d’escorte, on lui peignait la barre et l’étoile SEAC. Cela était généralement fait par le MONAB (Mobile Navy Air Base) basé près de Sydney, en Australie, puis l’avion était remis sur un navire pour être transféré à la flotte à Manus. Cela explique la différence de taille et de positionnement de la cocarde et de la barre. Le numéro sur le côté de l’avion était ajouté sur le navire lui-même. Dans le cas du Formidable, les attaques kamikazes et les incendies en découlant dans le hangar, signifiaient un énorme roulement d’avions. La nécessité de les remplacer a toujours été une priorité, tout au long du service de la British Pacific Fleet.(BPF).

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